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Objectif, Le photographe ?

Au début de la photo lorsqu’on a commencé à utiliser des appareils photographiques « portables », on appelait les clichés des « instantanés ». Ce nom avait été choisi, je suppose, pour différencier ces prises de vue que l'on pouvait faire dans le mouvement de celles que l’on faisait jusqu’alors avec des chambres photographiques où on devait prendre la pose devant l'objectif rester sans bouger au moment du déclenchement un peu comme lorsqu'on passe une radio à l'hôpital.

Le choix des mots, dans le vocabulaire photographique, m’a toujours semblé lourd de sens cachés. Un instantané veut dire qui est fait rapidement, avec spontanéité, presque sans réfléchir : une image qui saisit donc, de la vie quotidienne, un instant et qui le montre sur le papier, mémoire infaillible, sorte de témoin qui défie le temps qui passe. En fait, nous qui faisons de la photo, nous savons que ce n’est pas l’exacte vérité. Nous ne maitrisons pas tout : il y a le hasard, l’imprévu, la malchance. Le grain de sable qui surgit de n’importe où et qui va faire que votre voisine va ouvrir son parapluie et cacher à votre appareil la descente de la star qui aura déjà disparue lorsque l’infâme pépin aura trouvé une position moins gênante ou bien l’essoufflement qui va recouvrir de buée le verre de visée de votre « reflex » au moment où vous avez enfin en ligne de mire le chamois que vous poursuivez depuis une heure et qui a, enfin, daigné s’arrêter sur une dalle rocheuse où poussent quelques jonquilles en fleur (du vécu, que des photos flous).

L’exacte vérité ? C’est que dans l’espace qui existe entre le sujet et nous, nous faisons tout pour glisser notre marque. La scène qui s’offre à nous, si elle nous démange au niveau du déclencheur, c’est que, dans instant où nous la percevons, nous faisons des choix : le premier plan, l’angle de prise de vue, la focale, l’ouverture, tout autant de choses qui vont mettre en avant certains éléments et en atténuer d’autres. Notre seul but est que cette photo soit la notre et que ça se voit. Que 10 ans après on puisse dire : celle là, c'est moi qui l'ait faite ! Bien sûr, me direz-vous, mais entre le sujet et nous, il y a un objectif ! C’est vrai mais il fait partie de l’appareil, il est à notre service et, entre nos mains, il ne l’est plus du tout.